Cliquer pour suivre l'actualité du Napoli sur meretmarine.comLes deux Abeilles, Liberté et Bourbon, ont évité une catastrophe écologique certaine en remorquant le MSC Napoli et ses 1684 t de matières dangereuses vers Lyme Bay.

Ce sauvetage en Manche m’a rappelé un autre accident de mer survenu il y a presque trente ans, à la mi-mars 78, quand une tempête de fort calibre avait touché la côte Nord du Finistère. Annette et moi allions alors passer nos week-ends dans la maison que possédaient mes grands-parents à une centaine de mètres de la grande plage de Saint-Pabu. Le 17, très tôt le matin, une très forte odeur nous tira du fond de l’alcôve. Il nous fallut un moment pour nous rappeler que le chauffage était électrique et qu’il ne pouvait donc s’agir d’un problème de chaudière. Dehors, toute trace d’air marin avait disparu, la brise empestait le fioul. Ni une fuite de la cuve des voisins, ni un accident de voitures, ni même de camion citerne ne pouvaient être la cause d’une telle puanteur. Ce fut le ballet des hélicoptères au-dessus de la mer qui nous fit pressentir que l’irrémédiable était arrivé. Nous avons couru jusqu’à la plage, l’odeur emplissait l’air, âcre et asphyxiante. Larmes aux yeux, cœurs gonflés, jambes coupées, ce fut du haut de la dune que nous est apparu le lac noir. A perte de vue, une immense chape de mélasse anesthésiait le mouvement de la houle qui s’échouait sur le sable en vaguelettes brunes et molles. Au nord-ouest, sous le ballet des hélicos, on pouvait distinguer la proue de l’Amoco dressée comme un doigt d’honneur. L’indignation fut générale, les manifestations massives et houleuses, les déclarations officielles fermes et résolues : Plus jamais ça.

Marées noires en Bretagne

Il ne fallut pas un an au Gino pour s’éventrer au large d’Ouessant, suivirent le Tanio, l’Erika et Le Prestige. Depuis le Torrey Canyon en 1969, plus d’un demi-million de tonnes de brut ont souillé les côtes bretonnes, détruisant durablement faune et flore. Aujourd’hui, au hasard des ballades au bord de la mer, il n'est pas rare de tomber sur une crique souillée ou sur des galettes échouées. Ces mini marées noires ne sont pas le fait des naufrages de tankers, mais des dégazages sauvages effectués au large. Au niveau mondial, ces actes délibérés de pollution représentent entre 1,5 M et 1,8 M de tonnes d’hydrocarbures déversés en mer, dix fois plus que par naufrage.

Dans le rail d’Ouessant, le Cross Corsen contrôle les pollueurs et la Marine Nationale a arraisonné plusieurs navires dont les propriétaires ont été jugés et condamnés : Ocean Eagle (Grèce) : nappe de 22 km sur 50 m, 300 000 € d'amende - Maersk Barcelona (Monaco) : nappe de 60 km de long, 500 000 € d'amende - Al Farabi (Maroc) : nappe de 19 km sur 50 m, 250 000 €  de caution - City of Paris (Ile de Man) : nappe de 12 km sur 15 m, 150 000 € de caution.

Beaucoup de navires poubelles parviennent encore à éviter les contrôles administratifs (9,5% des navires étrangers ont été contrôlés dans des ports français, alors que la législation européenne impose un quota de 25%), quand on sait que chaque jour une dizaine cargos transportant des produits dangereux croisent dans le rail d’Ouessant, on peut craindre une nouvelle catastrophe écologique. Il n’est pas non plus très compliqué pour un navire pollueur de passer à travers les mailles du filet des CROSS. Il suffit de savoir que le repérage nocturne des nappes d’hydrocarbures n’est pas encore au point et d’attendre le soleil soit couché pour dégazer en toute impunité.

Interview de C. Buchet, historien de la mer (60s)

Quelle est l'étendue de la pollution mondiale des océans