Recette de la soupe au lait
Avoir pour le malheur
Une certaine complaisance
Aimer par dessus tout
Se vautrer dans sa boue
Savoir laisser frémir
Un soupçon de délice
Avant de malaxer
Sans crainte ni retenue
La fange lourde et collante
Surtout laisser agir
Le noir mat de son fiel
En imprégner de l’âme
La plus infime fibre
Que sa trame se gorge
De haine et de dégoût
Ne pas laisser poser
Mais vite à bras le corps
Etreindre l’humeur intruse
La faire entièrement sienne
Avide, en explorer
Les recoins reculés
Les enfouis, les bannis
Que par lâche paresse
On a jadis appris
A maintenir tapis
Monter et démonter
D’obscurs échafaudages
Illusoires piédestaux
Où l’on ne sait trôner
Qu'en innocent martyr
S’inonder aussitôt
De larmes, de sanglots
De mucus et de bave
Etre fontaine qui se vide
Des secrétions salées
Qui sur mains et visage
Se figent en poix épaisse
S’essuyer au besoin
Mais libérer le flux
Essorer rage et peine
Maudire et tempêter
A son tour faire bouillir
A feu vif, sans couvrir
Bien qu'on sache pourtant
De l'ire la vanité