Façonnage d'opinion
Et voilà l'insécurité qui repointe le bout de son nez. Comme le rhume des foins, c'est le mal chronique des mois de mai électoraux.
Le temps d'une élection, on ravive l'écran de fumée qui monopolise ondes et colonnes et qui occulte tout le reste. Sans coup faillir, pour chaque consultation, Le Nain et sa bande utilisent cette recette simple, basique et populiste :
- Faire épaissir la sauce en y incorporant quelques faits divers dramatiques que les médias s'empresseront de relayer et de délayer. La violence scolaire est hélas devenu le quotidien de l'école. Mais elle est essentiellement constituée de micro-violences : rackett, bousculades, bagarres, agressions verbales. Pourtant, depuis quelques semaines, on monte en épingle des évènements exceptionnels qui tendraient à nous faire croire que les agressions à l'arme blanche sont le pain quotidien de l'école et que cette institution est au bord de l'implosion.
- Faire ensuite mousser le Ministre concerné pour qu'il crie au scandale et réclame des mesures drastiques : portiques de détection, vidéo-surveillance, brigades d'intervention ... Les mesures répressives ne manquent jamais. Ce sont toujours des solutions de facilité et de court terme dont on maîtrise difficilement les effets.
- Sonder l'opinion avec la complicité d'un organisme de sondages aux pratiques souvent sujettes à caution (bidonnage des chiffres, questions à réponse évidente) pour s'approprier la majorité silencieuse et légitimer les propositions ministérielles ...
- Puis CQFD, se féliciter des résultats du sondage qui démontrent que, comme son Ministre, l’opinion exige une école sanctuarisée. "Quand il s’agit de la sécurité de leurs enfants, les Français n’ont aucun tabou", explique-t-on dans l’entourage du ministre de l'Education nationale.
Tout ce battage médiatique permet bien sûr de ne pas évoquer les causes profondes de cette violence : programmes et pédagogie obsolètes, rythmes et calendrier scolaires incohérents, locaux inadaptés, rigidité et autoritarisme des règles disciplinaires débouchant finalement sur les plus grands désordres, dégradation sociale, effritement de l'autorité parentale.
Eric Debarbieux, spécialiste de la question, développe ces causes et examine quelques pistes dans un entretien accordé au Café Pédagogique. Rien à voir avec les portiques et les miradors.