Citizen lambda
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1 octobre 2009

Taking Woodstock

Parmi toutes les commémorations possibles, journalistes, fous de musique et sociologues ne pouvaient faire l’impasse sur celle de Woodstock. Le cinéma se devait donc de suivre et c’est Ang Lee, qui avait alors quinze ans et vivait dans sa Chine natale, qui s’y colle, ce qui n’étonnera que le temps de se souvenir qu’on lui doit un western mémorable prouvant qu’il peut concurrencer les Américains jusque dans leur pré carré. Alors, pourquoi pas Woodstock ? Rappelons au passage, pour qui vivait à l’époque chez les sélénites, que l’événement prévu pour durer du 15 au 17 août 1969 sur la base de cinquante mille spectateurs, se prolongea d’un jour en voyant débarquer neuf fois plus de convives que prévu. C’est donc cette saga qu’Ang Lee porte à l’écran dans une comédie dramatique truculente qui fait la part belle à tous les débordements entraînés par le peace and love de rigueur mais, avant, par la préparation d’un modeste rassemblement échappant à chaque instant à ses humbles concepteurs alors qu’ils sont obligés de se professionnaliser davantage d’heure en heure.

Pour ce faire, le film prend le parti d’être écrit, puis filmé, du point de vue des organisateurs. Cela a permis d’éviter de ruineuses reconstitutions de scènes de foules, le documentaire de référence tourné à chaud et auquel il n’est que très modestement fait appel (Woodstock de Michael Wadleigh) étant de toute façon insurpassable. Du coup, d’emblée, on se sent bien et la jubilation nous envahit d’être aux côtés de ces ploucs amenés à expliquer aux culs serrés de la chambre de commerce que le rock est la plus noble musique qui soit et que ceux qui la fréquentent pourraient tout autant se rendre à l’opéra. Il y a là le portrait saignant d’une Amérique rurale profonde, conservatrice bien sûr, attirée par le gain, mais redoutant que sa réputation ne soit ternie. Ce qui est vrai à l’échelon des édiles est redoublé dans la famille du personnage principal. Rarement la notion de choc des cultures et des générations a été aussi généreusement illustrée. Les comédiens sont magnifiques et la photo impeccable. Comme on le devine, la musique, discrète au demeurant, n’est pas mal non plus.

Critique de Jean Roy sur Humanité.fr

Lien Taking Woodstock (site officiel)

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