Citizen lambda
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14 janvier 2011

Statuette de nulle part

pepe

 

Bébert, mon grand-père, était un sculpteur de métier

que la guerre avait condamné à une retraite précoce.

Ouvrier dans l’âme, l'homme ne savait rester inactif.

Alors, calé sur le rythme des sirènes de l’arsenal,

il passait ses journées dans son atelier à sculpter

des panneaux de scènes de traditions bretonnes.

Un jour, chez une voisine, il fit la découverte d’un masque africain

qu'il emprunta aussitôt pour en sculpter deux assez fidèles répliques

qu'à peine sèches il accrocha en bonne place sur un mur du salon.

Bébert tenait sa nouvelle source d'inspiration.

Sans tarder, il se rendit à la bibliothèque où il n'allait jamais

pour en ramener des livres d’art dans lesquels puiser les modèles

qu'il dessinait au crayon gras sur des plaques de bois d'essence locale.

Mon grand-père était si prolifique que ce fut très vite l’avalanche.

Les murs du salon, des couloirs et des chambres furent tous recouverts

de dizaines de masques dont la teinte ébène était due

aux successives couches d'un épais brou de noix.

Je ne sais ce qu'est devenu le stock de ses créations qui donnaient à sa maison

d'étranges allures de musée des arts premiers et de tanière de guérisseur païen. 

De cette fantastique collection, il ne me reste que cette petite statuette

dont ni lui ni moi n'avons jamais connu l'origine.

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