Les chevaliers du lustre
Au temps où les théâtres étaient éclairés à la bougie,
il y avait une zone qu'à juste titre le public délaissait.
Elle était située au milieu de la salle juste sous le grand lustre
qu'après chaque acte on réalimentait en chandelles fraîches.
Afin de ne pas laisser de vide dans l'assistance,
ces places étaient offertes à des indigents
que les dégoulinades de cire ne rebutaient pas.
A cette époque, les premiers rangs étaient garnis
de notables et de bourgeois surtout soucieux de s'exhiber.
Et, pour que cette respectable assistance ne s'offusque point
de la présence de pauvres hères en guenilles parmi eux,
on prêtait à ceux-ci des vêtements relativement décents
qui permettaient de les élever sans fard au rang de chevalier.
L'hypocrise était totale mais l'honneur était sauf.
L'anecdote fut racontée à mes élèves par l'animateur
qui nous a fait visiter le théâtre de Cornouaille
bien plus séduisant en intérieur qu'en extérieur.
A ce propos, il paraît que les planches d'ipé
qui ont inégalement pris la teinte espérée
et donnent au théâtre cet air de poulailler
vont être bientôt repeintes en couleur béton.
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Photo en grand format sur One Day One Shot
