Premier bain
Il faut tout d'abord passer cinq bonnes minutes, immergé jusqu'aux genoux,
à faire des allers et retours pour s'acclimater à la température baltique.
Lentement on progresse vers le tant redouté passage des glaouis,
que suivront ceux du bas des reins, du nombril, du plexus ...
Arrivé là, on se dit qu'il est impossible d'aller plus haut,
le bas du corps étant déjà en voie de cryogénisation,
il est évident que le choc thermique va être fatal
et qu'on a de fortes chances de finir en growler.
Malgré ce risque, la tentation du bain demeure forte,
alors, en serrant tout ce qu'on peut, on se lance ...
Mais après la crispation ne vient pas la délivrance
d'évoluer en apesanteur dans l'élément liquide.
On est si saisi qu'il est impossible de crier.
On fait donc quelques brasses frénétiques
pour éviter d'être engourdi par le froid
et dare dare on s'extirpe du congélo.
Mais, premier bain validé,
on sort de l'eau avec la sensation
d'avoir accompli un authentique exploit
et au passage, on jette un regard d'Artaban
à ceux qui, les chevilles dans l'eau,
hésitent encore à franchir le pas.
