Conte de Noël
L'histoire commence à Udaipur, ancienne ville princière
réputée pour ses palais mais aussi pour ses peintres
qui réalisent des miniatures d'une incroyable finesse.
Les échoppes des artistes étant aussi leurs ateliers,
on lie inévitablement conversation avec l'un deux.
On accepte le thé et entre dans la boutique.
Tandis que le neveu peint dans un coin
l'oncle nous détaille leur tradition :
techniques, outils et pigments
que sa famille se transmet.
Il montre aussi ses peintures
dont une, de très belle facture,
me tape aussitôt vue dans l'oeil.
Mais l'oeuvre n'est vraiment pas donnée et,
bien que plutôt cordial, le marchandage n'aboutit pas.
Je suis à peine arrivé à l'hôtel que déjà je regrette ma frilosité.
Et quand, au bout du compte, j'envisage de retourner à l'échoppe
pour m'accorder ce coup de coeur, c'est le temps qui vient à manquer :
nous partons à l'instant avec Ranjeet pour une visite au Monsoon Palace.
Ce palais bâti sur une des collines où courent les fortifications mogholes,
refuge des princes quand arrivaient les chaleurs humides de la mousson,
offre une vue imprenable sur l'ancienne cité enchâssée de ses lacs.
Paul m'accompagne tandis que Ronan, barbouillé, reste à l'hôteL
Il ne perdra d'ailleurs rien de l'exceptionnel panorama escompté
car, comme aujourd'hui à ma fenêtre, le temps est au crachin.
Le lendemain, nous devons quitter la ville de bonne heure.
Sans trop y croire, car ce quartier s'éveille plutôt tard,
je m'échappe quelques minutes et cours à la boutique
où, comme de bien entendu, je trouve porte close.
Il devait être écrit que je quitterai Udaipur à regret.
Cinq mois plus tard, lors du Noël du trio de la Tour,
j'ai offert aux kids un album retraçant notre été indien.
Bien qu'ils s'y attendaient, je crois avoir mis pile dans le mille.
Le format de mon paquet cadeau laissait lui aussi présager un livre,
au toucher en revanche, on devinait la bordure d'un cadre sous l'emballage.
C'est au moment où la déchirure du papier révéla le liseré caractéristique
que je réalisai qu'à Udaipur mes fils avaient abusé de ma crédulité.
L'indisposition de l'un n'était qu'un prétexte pour filer à l'anglaise
acheter la toile tandis que l'autre m'accompagnait en balade.
Habile mensonge pour un superbe cadeau de Noël !
BigBiz aux kids





