Mes quatre paires
Image rarissime de mes quatre paires de lunettes réunies.
Généralement, il y en a au moins une qui manque à l'appel,
et comme de bien entendu : c'est celle dont on a besoin.
Chaque membre du quatuor est sensé être
adapté à une vision bien particulière.
L'ancienne dont un des carreaux ébréché se déchausse sans cesse,
à laquelle il manque une plaquette et dont les branches disloquées
n'ont pas résisté aux écrasements de pieds et de postérieurs,
la plus adaptée à l'ordi et à la bricole mais aussi la plus instable.
Les loupes à vingt euros qui remplissent la même fonction,
dont une des branches est rafistolée avec du ruban adhésif,
sont presqu'aussi bancales que la précédente
et me collent la migraine dès l'heure de port passée.
Et puis, en arrière plan, les deux nouvelles, flambant neuves,
mais qui ne me semblent pas du tout adaptées à mes besoins.
La paire à un euro m'oblige à me rapprocher de la cible
ventre contre le rebord du bureau, nez collé au moniteur,
faite pour lire, elle me donne l'impression désagréable
que mes bras sont subitement devenus trop longs.
Les verres progressifs, eux, me procurent les mêmes effets visuels
qu'un trip sous acide, quand tout devient mouvant et incertain.
J'en abuse donc de ces verres avec modération.
Le nombre de paires de lunettes serait donc proportionnel
au temps que l'on passe à mettre la main dessus
tant il semble que depuis la multiplication des paires
je passe deux fois plus de temps à courir
après mes insaisissables carreaux.
